« Une transmission d’entreprise ne se résume pas à trouver un acheteur. Il faut construire un projet commun. »

Lorsque nous rencontrons les dirigeants et actionnaires de cette entreprise romande du secteur de la construction bois, une chose frappe immédiatement : la sérénité avec laquelle ils évoquent leur reprise.

Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cachent près de trois années de réflexion, de discussions et de préparation.

Cette PME centenaire, fondée il y a plus de 130 ans, a déjà connu deux reprises par ses cadres au cours de son histoire. Une preuve que la continuité peut parfois s’inscrire dans la culture même de l’entreprise.

Lorsque les actionnaires historiques ont commencé à envisager leur retraite, plusieurs scénarios étaient possibles. Vendre à un concurrent, ouvrir le capital à des investisseurs externes ou encore rechercher un repreneur individuel.

Finalement, la solution est venue de l’interne.

Certains cadres ont spontanément exprimé leur intérêt pour reprendre l’entreprise. D’autres ont été approchés par les actionnaires afin d’évaluer leur motivation et leur vision de l’avenir.

Mais la volonté seule ne suffit pas.

« Il a fallu clarifier les rôles de chacun, les niveaux de responsabilité et la manière dont nous allions travailler ensemble comme actionnaires. »

La mise en place d’une convention d’actionnaires a constitué une étape essentielle. Chacun devait comprendre non seulement ses droits, mais également ses responsabilités futures.

La transaction a également été rendue plus complexe par la structure du groupe. L’entreprise faisait partie d’un holding et possédait des actifs immobiliers importants. La question du traitement de ces biens a nécessité de nombreuses analyses et discussions.

Pour accompagner cette opération, les parties se sont entourées d’une fiduciaire, d’un fiscaliste et d’un avocat.

Selon les nouveaux actionnaires, l’un des facteurs clés du succès réside dans la qualité des échanges entre vendeurs et repreneurs.

« Les choses doivent être claires dans la tête des deux parties. Pourquoi vend-on ? Pourquoi reprend-on ? Si ces questions ne sont pas clarifiées dès le départ, les difficultés apparaissent rapidement. »

La transparence est également citée comme un élément déterminant.

Les discussions n’ont pas porté uniquement sur les chiffres, mais aussi sur les attentes, les ambitions et l’avenir de l’entreprise.

Aujourd’hui, le groupe d’actionnaires affiche une moyenne d’âge d’environ quarante ans. Les dirigeants décrivent une gouvernance harmonieuse, fondée sur une culture commune et une bonne compréhension des réalités du métier.

Ils regrettent toutefois le manque de soutien du système bancaire dans ce type d’opérations.

« Les banques sont contraintes par leurs règlements. Nous comprenons leurs obligations, mais cela limite parfois leur capacité à accompagner des projets pourtant solides. »

Les nouveaux actionnaires observent également un phénomène préoccupant : plusieurs entreprises concurrentes disparaissent faute de repreneurs.

Pour eux, une meilleure visibilité des opportunités pourrait contribuer à préserver davantage de PME.

L’idée d’un catalogue d’opportunités de reprise leur paraît particulièrement pertinente, à condition que les vendeurs comme les acheteurs aient préalablement clarifié leurs motivations et leurs objectifs.

Pour leur part, ils ne recherchent pas activement des acquisitions externes. Leur priorité reste la pérennité de leur entreprise et le développement de leurs activités existantes.

Leur expérience démontre qu’une transmission réussie ne repose pas uniquement sur des montages financiers ou juridiques.

Elle repose avant tout sur des personnes capables de construire une vision commune de l’avenir.

Ce que l’on apprend à travers ce témoignage

  • Une transmission interne peut nécessiter plusieurs années de préparation.
  • La clarification des motivations du vendeur et du repreneur est essentielle.
  • Les conventions d’actionnaires jouent un rôle clé dans la stabilité future.
  • Les actifs immobiliers compliquent souvent les opérations de transmission.
  • La transparence entre les parties est un facteur majeur de réussite.
  • Le financement demeure l’un des principaux défis des reprises de PME.
  • De nombreuses entreprises viables disparaissent aujourd’hui faute de repreneurs.
  • Une meilleure visibilité des opportunités de reprise pourrait contribuer à préserver davantage de PME suisses.